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Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 00:36

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé

Tragédie

de Théophile de Viau

 

Personnages :

 

Thisbé

Pyrame

Bersiane

Narbal

Lidias

Le Roy

Syllar

Disarque

Deuxis

La Mère de Thisbé et sa Confidente.

Le Messager.

 

 

ACTE I

 

Acte I, scène 1 (première partie)

Thisbé, Bersiane, Narbal, Lidias, le Roi, Syllar.

 

Thisbé


Du bruit et des fâcheux aujourd'hui séparée,

 Ma seule fantaisie avec moi retirée,

Je puis ouvrir mon âme à la clarté des cieux,

Avec la liberté de la voix et des yeux.

Il m'est ici permis de te nommer, Pyrame,

Il m'est ici permis de t'appeler mon âme ;

Mon âme, qu'ai-je dit? c'est fort mal discourir,

Car l'âme nous fait vivre et tu me fais mourir.

Il est vrai que la mort que ton amour me livre

Est aussi seulement ce que j'appelle vivre.

Nos esprits, sans l'amour, assoupis et pesant,

Comme dans un sommeil passent nos jeunes ans.

Auparavant qu'aimer on ne sait point l'usage

Du mouvement des sens ni des traits du visage.

Sans ceste passion, les plus lourds animaux

Connaîtraient mieux que nous et les biens et les maux.

Notre destin serait comme celui des arbres,

Et les beautés en nous seraient comme des marbres

En qui l'ouvrier, gravant l'image des humains,

Ne saurait faire agir ni les pieds ni les mains.

Un bel œil dont l'éclat ne luit qu'à l'aventure,

C'est comme le soleil que cachait la nature

Auparavant qu'il fut entré dans ses maisons

Et qu'il peut discerner la beauté des saisons.

Moi, je crois seulement depuis l'heure première

Que l'amour me toucha, d'avoir vu la lumière,

Et que mon cœur ne vint à respirer le jour

Que dès l'heure qu'il vint à soupirer d'amour ;

Et combien que le ciel fasse couler ma vie

Dans cette passion avec un peu d'envie,

Que mille empêchements combattent mes désirs

Et qu'un triste succès menace nos plaisirs,

Que les discours mutins d'une haine ancienne

Divisent la maison de Pyrame et la mienne,

Qu'hommes, ciel, temps et lieux, nuisent à mon dessein,

Je ne saurais pourtant me l'arracher du sein,

Et quand je le pourrais je serais bien marrie

Que d'un si cher tourment mon âme fut guérie.

Une telle santé me donnerait la mort :

Le penser seulement me fâche et me fait tort.

 

 

 

Par Huitel - Publié dans : théatre
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Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 02:26

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé

Tragédie

de Théophile de Viau

 

 

Acte I, scène 1 (deuxième partie)

Thisbé, Bersiane, Narbal, Lidias, le Roi, Syllar.

 

Bersiane
Comment vous être ainsi de nous tous éloignée !
Osez-vous bien aller sans être accompagnée ?
Tout le monde au logis est en peine de vous,
Et surtout votre mère en est en grand courroux.

Thisbé
Pourquoi cela ? ma vie est-elle si suspecte ?

Bersiane
Non ! mais toujours les vieux veulent qu'on les respecte ;
Vous deviez pour le moins un de nous avertir,
Faire quelque semblant que vous alliez sortir.

Thisbé
Sais-tu pas bien que j'aime à rêver, à me taire,
Et que mon naturel est un peu solitaire ?
Que je cherche souvent à m'ôter hors du bruit ?
Alors, pour dire vrai, je hais bien qui me suit ;
Quelquefois mon chagrin trouverait importune
La conversation de la bonne Fortune,
La visite d'un Dieu me désobligerait,
Un rayon du soleil parfois me fâcherait.

Bersiane
La chute d'une feuille, un zéphyr, un atome ?

Thisbé
Je te laisse à juger que ferait un fantôme,
Et de quelle façon je me verrais punir.

Bersiane
A ce compte je suis déjà parmi ce nombre.

Thisbé
Jamais rien de vivant ne sembla mieux une ombre.

Bersiane
D'où viennent ces dédains ?

Thisbé
                                                    Vieux spectre d'ossements,
Vraiment je cherche bien tes divertissements !

Bersiane
Je connais bien que c'est de moi qu'elle murmure ;
Je suis donc cet objet d'infernale figure.

Thisbé
Je ne dis pas cela, mais tu peux bien penser...

Bersiane
Que de mon entretien on se pouvait passer.

Thisbé
Justement.

Bersiane
                        Je connais, ou je suis peu sensée...

Thisbé
Qu'autre chose que toi me tient dans la pensée.

Bersiane
Ce n'est pas sans sujet, Thisbé, que nos soupçons
Vous ont fait tous les jours ouïr tant de leçons :
Votre mère a raison d'avoir l'oeil et l'oreille
Dessus vos actions.

Thisbé
                                        N'importe qu'elle y veille,
Je n'ai rien fait jamais à craindre des témoins !
Mon innocente humeur se moque de vos soins.
J'en suis émue autant que du bruit d'une feuille,
Car je vis sans reproche.

Bersiane
                                                Hé ! le bon Dieu le veuille !

Thisbé
Adieu, cherche quelqu'un à qui te faire ouïr.

Bersiane
On a beau tel secret dans les os enfouir,
L'amour, l'ambition, l'orgueil et la colère
Sont toujours sur nos fronts d'une apparence claire.
J'espère en peu de jours que nous viendrons à bout
De cette confidence, et que nous saurons tout.

Par Huitel - Publié dans : théatre
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Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 02:54

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé

Tragédie

de Théophile de Viau

 

Scène 2
NARBAL, LIDIAS


Narbal
Malgré moi persister en ce funeste amour !
Après les droits du Ciel l'ingrat me doit le jour.
Toi qui si lâchement flattes sa fantaisie,
Tu veux que ma raison cède à ta frénésie,
Et me remémorant ce qu'autrefois je fis,
Tu me veux conseiller la perte de mon fils !
Il est vrai qu'autrefois j'ai senti cette flamme,
Lorsqu'un sang plus subtil faisait agir mon âme ;
Esclave que je suis des naturelles lois,
Comme un autre en mon temps de ce feu je brûlois,
Mais toujours mes desseins étaient avec licence,
Et mes justes désirs pleins d'heur et d'innocence.

Lidias
Vous en avez depuis perdu le souvenir,
Mais si les mêmes ans pouvaient vous revenir,
Et qu'en votre faveur la loi de la nature,
Vous effaçant l'horreur que fait la sépulture,
A vos membres cassés leur force rapportât
Et remît vos esprits en leur premier état,
Je crois que vos rigueurs changeraient bien de termes
Et que vos sentiments ne seraient plus si fermes ;
Ce pauvre fils à qui vous voulez tant de mal
Vous verrait transformé de censeur en rival.
On ne saurait dompter la passion humaine :
Contre Amour la raison est importune et vaine,
Toujours l'objet aimable a droit de nous charmer
Lorsqu'on est en état de le pouvoir aimer,
L'âme se voit bientôt d'une beauté forcée
Par le rapport des yeux avecque la pensée.

Narbal
Ton esprit tient encore un peu de la saison
Qui ne voit point mûrir les fruits de la raison.
Moi qui suis bien guéri de cette humeur volage,
Ayant déjà passé tous les degrés de l'âge,
Je connais mieux que toi la vie et le devoir,
Et bientôt mieux que toi je lui ferai savoir.
Aimer sans mon congé et s'obstiner encore
D'un amour qui le perd et qui me déshonore !
D'un ennemi mortel la fille rechercher !
Je t'aime mieux le coeur hors du sein arracher !
Tu démordras, mutin, je te ferai connaître
Le respect que tu dois à ceux qui t'ont fait naître
Et que tu ne dois point suivre ta passion
Ni faire des desseins sans ma permission !

Lidias
Quand on s'engage au sort d'une pareille affaire,
Une permission n'est jamais nécessaire ;
On n'y saurait pourvoir quand c'est un accident ;
A cela le plus fin est le plus imprudent.
On ne demande point congé d'une aventure ;
S'il en faut demander c'est donc à la nature
Qui conduit notre vie, et s'adresser aux Dieux
Qui tiennent en leurs mains nos esprits et nos yeux.

Narbal
Ne sait-il pas qu'il est obligé de me plaire ?
Que cet amour furtif irrite ma colère ?
Qu'il va dans ce projet mes jours diminuant,
Et fait un parricide en le continuant ?
Les Dieux trouvent-ils bon, puisqu'ils sont équitables,
Qu'on fasse des forfaits ?

Lidias
          S'ils sont inévitables,
Les Dieux ne veulent point en retirer nos pas ;
Même, puisqu'en amour le crime a des appas,
Que la rigueur des lois l'entretient et l'augmente,
Les amants trouvent grâce auprès de Rhadamante ;
Mais une noire humeur qui meut des assassins,
Une nature lâche encline à des larcins,
C'est ce qui fait horreur au Ciel et à la terre,
Et sur quoi justement doit tomber le tonnerre,
Où la nécessité d'un amoureux désir,
Qui de l'âme et du corps n'aspire qu'au plaisir,
Mérite qu'on l'assiste, et vouloir sa ruine
Tient un peu d'une humeur envieuse et chagrine.

Narbal
Tes discours ne sont point assez persuasifs.
Ce mal ne prend qu'aux coeurs mols, délicats, oisifs,
Où jamais le bon sens n'a choisi sa demeure,
Où jamais la vertu ne trouve une bonne heure.
Suffit. Quand la raison le contraire voudroit,
L'empire paternel conservera son droite.
Mon pouvoir absolu rompra cette entreprise
Et mon autorité lui fera lâcher prise.

Lidias
Vous voulez qu'Ixion, lié dans les Enfers,
S'arrache de sa roue et qu'il brise ses fers,
Qu'un homme déjà mort sa guérison reçoive,
Que Sisyphe repose et que Tantale boive.
Tous nos efforts ne sont que d'un pouvoir humain ;
Qui tend à l'impossible il se travaille en vain.

Par Huitel
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Profil

  • Huitel
  • L'Antre de L'Ogre
  • Homme
  • 10/02/1987
  • Ange incarné d'une vingtaine d'année à l'esprit rafiné de type égotique, je suis un idéaliste à tendance péssimiste.

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