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Dimanche 9 mai 2010 7 09 /05 /Mai /2010 16:08

Extrait de « Crispin Médecin », comédie en trois acte de Noël le Breton de Hauteroche (1617-1707), écriture modernisé par mes soins. La modernisation complète de la pièce est presque entièrement effectuée.

 

Scène IV

Mirobolan, Feliante, Dorine, Crispin.


Mirobolan frappant à la porte de la rue : Hola, hola, Dorine ? Qu'on m'ouvre promptement.

Dorine : Mondieu ! Que ferais-je ? C'est notre Maître.

Crispin : Ah ! Jernie, je voudrais bien être loin.

Feliante frappant à l'autre porte : Oh, Dorine ! Ouvre-moi.

Dorine : Ah, voilà bien encore pis ! C'est notre Maîtresse.

Crispin : Hé, c'est le diable.

Dorine : Sans elle , je t'allois mettre dans la cave.

Mirobolan refrappant : Qu'on m'ouvre donc, Dorine ?

Dorine : Je suis perdue.

Crispin : C'est fait de moi.

Dorine : Crispin, met-toi tout étendu sur cette table, je dirais que tu es ce pendu qu'on vient d'apporter.

Crispin : Mais...

Dorine : Mais ne raisonne point, fait ce que je te dis. 

 

Crispin se mets sur la table, et Dorine ouvre à Mirobolan. 

 

Mirobolan, passant vite : Tu me fais bien attendre : j'ai oublié quelque chose là-haut qu'il faut que j'aille chercher promptement.

 

Il entre dans une porte proche celle par où Feliante sort. Dorine ouvre cependant à Feliante.

 

Feliante : D'où vient que tu te fais tant appeler ?

Dorine : J'étais occupé à recevoir ce corps, et je ne vous ai entendue que cette fois.

Mirobolan repassant : Ma femme, que faites-vous ici ?

Feliante : Je viens voir si Dorine a ajusté ce lieu comme il faut.

Mirobolan s'en allant : Voyez, voyez.

Feliante : Dorine, prend le soin de bien accommoder tout ceci : pour moi je m'en vais au plutôt, car je n'aime point à voir de tels objets, cela cause toujours des pensées funestes.

Dorine : Allez, allez, Madame, je ferais tout ce qui sera nécessaire. Hé-bien , Crispin, mon invention a t'elle pas réussi ?

 

Elle referme les portes.

 

Crispin : Fort-bien, et nous en sommes quittes à fort bon marché ; mais je sors au plutôt, pour éviter un nouvel embarras. Peut-être que si je demeurais davantage...

Mirobolan revenant : Donne, Dorine ? ouvre, ouvre-moi.

Dorine : Ah ! remet-toi promptement en la même posture, c'est encore notre Monsieur.

Crispin se remettant : le diable l'emporte.

 

Dorine rouvre.

 

Mirobolan entrant : Je pense que je suis aujourd'hui imbriaque ; j'oublie la moitié des choses dont j'ai besoin : certaines pilules que j'ai promises... Mais que vois-je là, Dorine ?

Dorine : C'est ce corps qu'on vient d'apporter : il était déjà ici quand vous êtes venu.

Mirobolan : Fort-bien : mais d'où vient qu'il a encore ses habits ?

Dorine : Ils ont dit qu'on aurait le soin de les rendre.

Mirobolan le tâte : On n'y manquera pas. Je suis d'avis, tandis qu'il est encore tout chaud, d'en commencer la dissection. Va-t'en me quérir mes Bistouris qui sont là-haut dans mon cabinet.

Dorine : Mais, Monsieur, vous n'avez rien de préparé, cela fera un trop grand embarras ; et d'ailleurs vos malades attendent après vous.

Mirobolan : Pour attendre deux ou trois heures, il n'y a pas grand mal.

Dorine : Mais s'il en vient à mourir quelqu'un cependant ?

Mirobolan : Ce ne sera pas ma faute ; car s'il doit mourir dans si peu de temps, ma visite ne lui servirait pas de grande chose.

Dorine : Mais un remède à propos...

Mirobolan : Va seulement, et m'apporte un paquet de cordes, et des clous que tu trouveras tout proche des Bistouris. Pendant qu'il a ce reste de chaleur, je trouverais plus facilement les vaines lactées, et les réservoirs qui conduisent le chyle au cœur pour la sanguification.

Dorine : Mais, Monsieur, vous m'allez ôter la liberté d'approprier ce lieu, comme je le voudrais ; attendez à demain, comme vous avez dit.

Mirobolan : Va donc, ou j'irais moi-même.

Dorine : J'y vais puisque vous le voulez.

Mirobolan le regardant : Il n'a pas mauvaise mine, mais il a pourtant quelque chose de fâcheux dans le visage. Oui, ou toutes les règles de la Metoposcopie et de la Physionomie sont fausses, ou il devait être pendu. (Il le déboutonne) Ah ! quel plaisir je vais prendre à faire sur son corps une incision cruciale, et à lui ouvrir le ventre depuis le cartilage Xiphoïde jusqu'aux os pubis. Le cœur lui bat encore ! Ah s'il y avait ici de mes Confrères, particulièrement de ceux qui sont dans l'erreur, je leur ferais bien voir, par son systole et diastole, le mouvement de la circulation du sang.

Par L'Ogre - Publié dans : théatre
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  • Huitel
  • L'Antre de L'Ogre
  • Homme
  • 10/02/1987
  • Ange incarné d'une vingtaine d'année à l'esprit rafiné de type égotique, je suis un idéaliste à tendance péssimiste.
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