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Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 02:26

Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé

Tragédie

de Théophile de Viau

 

 

Acte I, scène 1 (deuxième partie)

Thisbé, Bersiane, Narbal, Lidias, le Roi, Syllar.

 

Bersiane
Comment vous être ainsi de nous tous éloignée !
Osez-vous bien aller sans être accompagnée ?
Tout le monde au logis est en peine de vous,
Et surtout votre mère en est en grand courroux.

Thisbé
Pourquoi cela ? ma vie est-elle si suspecte ?

Bersiane
Non ! mais toujours les vieux veulent qu'on les respecte ;
Vous deviez pour le moins un de nous avertir,
Faire quelque semblant que vous alliez sortir.

Thisbé
Sais-tu pas bien que j'aime à rêver, à me taire,
Et que mon naturel est un peu solitaire ?
Que je cherche souvent à m'ôter hors du bruit ?
Alors, pour dire vrai, je hais bien qui me suit ;
Quelquefois mon chagrin trouverait importune
La conversation de la bonne Fortune,
La visite d'un Dieu me désobligerait,
Un rayon du soleil parfois me fâcherait.

Bersiane
La chute d'une feuille, un zéphyr, un atome ?

Thisbé
Je te laisse à juger que ferait un fantôme,
Et de quelle façon je me verrais punir.

Bersiane
A ce compte je suis déjà parmi ce nombre.

Thisbé
Jamais rien de vivant ne sembla mieux une ombre.

Bersiane
D'où viennent ces dédains ?

Thisbé
                                                    Vieux spectre d'ossements,
Vraiment je cherche bien tes divertissements !

Bersiane
Je connais bien que c'est de moi qu'elle murmure ;
Je suis donc cet objet d'infernale figure.

Thisbé
Je ne dis pas cela, mais tu peux bien penser...

Bersiane
Que de mon entretien on se pouvait passer.

Thisbé
Justement.

Bersiane
                        Je connais, ou je suis peu sensée...

Thisbé
Qu'autre chose que toi me tient dans la pensée.

Bersiane
Ce n'est pas sans sujet, Thisbé, que nos soupçons
Vous ont fait tous les jours ouïr tant de leçons :
Votre mère a raison d'avoir l'oeil et l'oreille
Dessus vos actions.

Thisbé
                                        N'importe qu'elle y veille,
Je n'ai rien fait jamais à craindre des témoins !
Mon innocente humeur se moque de vos soins.
J'en suis émue autant que du bruit d'une feuille,
Car je vis sans reproche.

Bersiane
                                                Hé ! le bon Dieu le veuille !

Thisbé
Adieu, cherche quelqu'un à qui te faire ouïr.

Bersiane
On a beau tel secret dans les os enfouir,
L'amour, l'ambition, l'orgueil et la colère
Sont toujours sur nos fronts d'une apparence claire.
J'espère en peu de jours que nous viendrons à bout
De cette confidence, et que nous saurons tout.

Par Huitel - Publié dans : théatre
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Profil

  • Huitel
  • L'Antre de L'Ogre
  • Homme
  • 10/02/1987
  • Ange incarné d'une vingtaine d'année à l'esprit rafiné de type égotique, je suis un idéaliste à tendance péssimiste.
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